Le Commencement _

▪▪Le Commencement _ ● ● ●▪▪
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Pars. Pars très loin, le plus loin possible. Et ne t'arrête pas. Car viendra le jour où la colère aura tant enflé qu'elle prendra plus de place que le chagrin. Non, tu m'as pas trahi, puisque je n'attendais rien de toi. Mais sache que ce jour là, si je te croise, tu n'auras aucune chance. Aucune. Parce que je ne te crois pas, non. Je sais que celui qui repose dans cette tombe ne doit qu'à toi son repos éternel. Alors, pars. Et lorsque je l'aurai suffisemment pleuré, ma rage effacera ma conscience. Pars, ou ce jour-là tu ne seras plus rien.










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# Posté le mercredi 20 août 2008 06:26

Modifié le dimanche 22 février 2009 09:34

» I «

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___ - Evie, je ne vais quand même pas devoir te le confisquer. Tu n'as plus six ans !

___Il est vrai que cela faisait plus de dix ans que j'avais dépassé cet âgé là. Soupirant, je mis mon appareil photo de côté. C'était au moins la quinzième fois depuis que nous étions entrés dans l'avion que mon père me demandait de le ranger. Lui comme moi savions que je le ressortirai d'ici quelques minutes et continuerai mes clichés des passagers assoupis.
J
e posai mon regard sur l'aéroport endormi, suivant des yeux les lumières orangées des pistes. Je rangeai une mèche folle derrière mon oreille humide. La température au Sénégal, même de nuit, dépassait largement les 22 degrés, et le chauffage mis en route en prévision de notre destination n'était pas pour nous rafraichir.
Notre d
estination. Ces deux mots me rappelèrent soudains les raisons de notre départ avancé, et une bouffée de nostalgie mêlée à un rien d'appréhension me submergea.

___Nous partions. Mais ce départ était bien différent de tous ceux qui avaient peuplés ma vie durant ces cinq dernières années. Mon père et moi allions nous installer. Définitivement. Bien que son corps fut encore dans la force de l'âge, à soixante cinq ans, la société de photographe pour laquelle il travaillait avait refusé de prendre des risques : ses défenses finiraient par faiblir, et toutes ces maladies que nous côtoyions dans les pays exotiques en faisaient courir quelques uns ; dont le remboursement complet des frais de soins si Papa était atteint. Ainsi, Mr. Brown avait été mis à la retraite. Oh, bien sur, cela n'était pas si grave, il comptait la prendre l'année suivante de toute façon... Mais quoi qu'il dise, je voyais bien que renoncer à ses expéditions lui coûtait. Et à moi aussi.
Il peut semb
ler étonnant qu'une jeune lycéenne aie un père de cet âge là, bien que cela soit de plus en plus fréquent ces temps ci. Il faut pour cela que je précise que mes parents ne tenaient pas à avoir d'enfant dans l'immédiat : un nourrisson sur les bras empêcherait n'importe quelle mère de voyager ! Mais je suppose qu'ils ont fini par apprendre l'existence de la ménopause, et ont absolument tenu à avoir une descendance.
Il parai
t que je ressemble à ma mère. On ne me le disait pourtant jamais lorsque cette dernière vivait toujours, et j'ai fini par comprendre que beaucoup d'adultes imaginaient la mention d'une quelconque ressemblance avec elle comme un moyen de me réconforter. C'est ainsi que, le jour de son enterrement après une brusque rupture d'anévrisme, on me complimenta sur mes yeux, mon sourire, mon maintient, mon menton... Et ce tandis que moi, déjà bien égoïste, je pleurais et ma mère et mon sors : qu'allait faire mon père de moi ?
A l'épo
que, je le connaissais peu : je ne le voyais que pendant les vacances scolaires, et vivais avec ma mère le reste du temps. Heureusement pour moi, mon père répugnait presque autant à me mettre en pension qu'à arrêter ses voyages. Il opta donc pour un compromis et, l'accompagnant, je suivis les cours par correspondance.

___Durant ces cinq années, Papa et moi avons développé une complicité hors du commun. Malgré tout, je ne pouvais me résoudre à accepter le lieu qu'il avait choisi. Nous aurions pu retourner à Londres, où ma tante Sandra, la s½ur de maman, aurait été heureuse de nous offrir un double de ses clefs. Nous nous serions alors retrouvés à une vingtaine de kilomètres seulement de chez Grand Ma', qui, malgré ses yeux perçants qui donnaient toujours l'impression d'avoir quelque chose à cacher, était d'une gentillesse et d'une générosité sans bornes.
Mais non ! Nou
s partions retrouver le meilleur ami de mon père, un homme que je n'avais vu que cinq fois dans ma vie. Il n'était pas désagréable, mais néanmoins d'un naturel taciturne, et les trois jours par ans que nous avions passé chez lui à l'époque de noël, ces dernières années, ne nous avaient pas suffit à nous assurer une sympathie réciproque... De plus, ce M. Antonin avait toujours vécu dans la petite ville de Seclin, en France. Ou, plus précisément, au nord de la France. J'avais toujours eu la France en horreur : les gens n'y sont pas aimables, le temps est sans cesses changeant, et la monotonie semble n'y être jamais rompue. Ou, du moins, était ce que j'avais déduit de mes séjours forcés dans ce pays. Et voilà que je venais m'y installer ! Moi qui avait toujours juré par tous les dieux que je préfèrerais vivre n'importe où plutôt que dans cet état... Que pouvais-je faire d'autre, néanmoins, que de suivre docilement mon père ?

▪▪ » I « ▪▪

# Posté le mercredi 20 août 2008 06:59

Modifié le mercredi 05 novembre 2008 06:19

» II «

▪▪ » II « ▪▪
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___Une douleur aigüe à la nuque m'éveilla en sursaut. La fatigue avait eu raison de moi sans me que je m'en rende compte. Je sursautai en me rendant compte que le soleil était déjà haut : nous étions en plein atterrissage.
P
apa et moi récurâmes nos bagages et il m'apprit que nous prendrions le taxi pour rallier Lille à Seclin.

___- Ca c'est un comble ! m'écriai-je, hors de moi. Jacques aurait au moins pu venir nous chercher ! Déqu'on vient s'installer dans sa cambrousse...
___ - Evangeline ! s'exclama-t-il, exaspéré.

___Trouver un taxi se révéla étonnement simple et les dix kilomètres furent bien vite parcourus. Le chauffeur connaissait bien le coin et trouva la maison sans indications, que nous n'aurions pas su lui donner d'ailleurs.
J'étais p
lutôt curieuse de découvrir la bâtisse. Papa avait fait entièrement confiance à M. Antonin pour son achat et j'avais peur de la trouver délabrée. Bien entendu, il n'en était rien, et l'endroit était tout ce qu'il y a de plus accueillant. La façade était d'un beige orangé et les immenses fenêtres accompagnées de rideaux bleus pales lui donnaient des airs de maison de poupée. J'avais toujours rêvé d'habiter un tel lieu, mais, étonnement, cette découverte me mit hors de moi.
___Je me précipitai à l'étage et entrai dans ma chambre. Il ne me fut pas difficile de deviner laquelle m'avait été attribuée car sa porte avait été peinte d'un bleu turquoise ostentatoire qui rappelait la couleur de mes yeux, à ma demande.
___La pièce était de petites dimensions. Lumineuse, l'orange de ses murs intacts se reflétait sur le parquet luisant. Un lit en occupait le centre. D'un bois pâle, il me rappelait celui qu'occupait ma mère. Sans ménagement, je le repoussai contre le mur, pensant à mes lectures que j'aimais lire adossée. Sortant mon appareil photo de mon sac, je réalisais un cliqué des nuages à travers la vitre parfaitement propre, puis le déposai sur le bureau encore vie.
Chercha
nt un vague réconfort, je dénichai une peinture au fin fond de ma valise et fut soulagée de la trouver intacte. C'était ma mère qui me l'avait peinte à l'occasion de mes dix ans, en souvenir du surnom affectueux qu'elle m'attribuait. Il représentait une superbe licorne d'un blanc éblouissant contrastant avec la sombre forêt. On distinguait une lueur orangée dans le coin gauche du tableau, mais je n'avais jamais su ce à quoi elle s'apparentait.
___Je l'accrochai à ma porte, sur laquelle un clou avait é été instal à cet effet. Puis je m'affalai sur le lit et laissai libre cour à mes larmes.

___Lorsque je redescendis à la cuisine, me proposant que nous visitions la maison ensemble, Papa avait préparé des toasts. Je lui jetai un regard interrogateur.

___- Jacques est passé, m'apprit-il.
___- Ah.
___- Il nous a apporté quelques réserves et ton nouveau vélo.
___- Mon... quoi?
___- Ton lo, chérie, insista-t-il en s'absorbant soudain dans la contemplation du ciel. Tu ne vas pas faire quatre kilomètres à pieds tous les matins ?
___- Non, mais il existe peut-être un bus pour les élèves du bled !
___- C'est possible, mais si tu pfères le vélo, tu auras le choix. C'est environ quinze minutes pour rallier le lye.

___J'étouffai un cri rageur et résolu de faire le tour de la bâtisse seule. Il n'y avait pas grand chose à voir : Une cuisine, un grand salon, des toilettes et un bureau au ré de chaussée ; trois chambres et deux salles de bain à l'étage. Cette maison aurait tout aussi bien convenu à un couple de retraités... C'est avec cette pensée que je me rendis soudain compte que mon père était déjà un retrai!
Je re
tournai dans ma chambre qui représentait déjà un refuge à mes yeux et sortis Pride and Prejudice de ma valise pour m'envoler dans le monde de Jane Austen. J'y trouvai tout de suite du réconfort ; j'avais toujours eu un faible pour M. Darcy.
___Le temps passa plus vite, plongée dans des aventures qui n'étaient pas les miennes, mais je finis par m'apercevoir du soleil couchant lorsque mon estomac cria famine. Descendant à pas de loups, je fus heureuse de voir que les escaliers ne grinçaient pas à mon contact. Je mangeai en vitesse les deux toasts restants et décidai d'aller me coucher. Je m'arrêtai néanmoins devant la porte de mon père : je n'avais pas été facile à vivre ces derniers temps, bien que j'aie eu, selon moi, de bonnes raisons. J'ouvris donc doucement, réfléchissant au meilleur moyen de m'excuser, puis me rendis compte qu'il s'était assoupi en lisant. Lentement, je lui ôtai ses lunettes et déposai à terre son livre avant de remonter les couvertures jusqu'à son menton. Je ne pus m'empêcher de remarquer combien M. Antonin avait été attentionné de tout préparer avant notre arrivée. Les meubles étaient installés, la maison était propre, le frigo était rempli et même les lits étaient faits. Avec une grimace honteuse, je me hâtai jusqu'à ma chambre.

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# Posté le dimanche 24 août 2008 15:52

Modifié le mardi 26 août 2008 09:50

» III «

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___Je dormis mal, me tournant et me retournant dans mon sommeil, anxieuse.
Puis, le lendemain arriva. Quand je m'éveillai, il faisait encore nuit. Toutefois, je ne distinguais que trop bien les nuages sombres et menaçants. J'en déduis que même le soleil m'avait fait faux bond pour cette rentrée de septembre.
L
entement, je me trainai jusqu'à la petite salle de bain adjacente à ma chambre. Un seul coup d'½il au miroir me convainquit qu'une douche serait nécessaire : mes cheveux châtains étaient ternes et emmêlés. Je m'attardais donc quelques minutes sous le jet brulant puis m'enroulai dans mon peignoir préféré. Le réveil indiquait sept heures douze, et je m'étonnai de m'être levée si tôt.
N'ayant ja
mais prêté beaucoup d'importance à mes vêtements, un jean et un épais gilet noir firent l'affaire. Avant de partir, je me plantai toutefois devant la glace. Le mystère de mon surnom me revint alors à l'esprit : ma mère avait pour habitude de m'appeler « ma petite licorne ». Ces trois mots provoquèrent un brusque élan de douleur, ramenant des souvenirs que j'avais souvent évités. Car la pensée de ma mère m'était toujours douloureuse. Je lui en avais longtemps voulu de m'avoir abandonnée, mais je m'étais peu à peu rendue compte que, si j'avais perdu ma parente, j'avais tout de même gagné mon père et beaucoup de voyages ; et cette pensée m'avait aidée à supporter sa mort.
___Il n'était pas dans ma nature de me morfondre sur les choses importantes : je me plaignais souvent, mais n'osais jamais évoquer les détails qui avaient bouleversé ma vie.
J'observai
mes yeux dans le miroir. C'était la seule chose qu'il y ait d'original en moi. D'un turquoise grisâtre, ma grand-mère disait souvent qu'il était difficile d'en détacher le regard une fois que l'on en avait remarqué l'étrangeté. C'était surtout pour cela que je m'étais étonnée de ce surnom, pourtant flatteur. Une licorne, c'était beau, c'était pur, unique. Jamais je ne me considérerais comme l'un de ces trois adjectifs...
Je me souvins al
ors d'un défi que ma mère m'avait lancé un jour : je gagnerai un après midi à Disneyworld si je trouvais la raison qui l'avait poussée à me surnommer ainsi. Je n'avais bien évidemment jamais mis les pieds dans le grand parc d'attractions, bien que j'aie passé cette journée là à m'observer dans la glace, cherchant une ressemblance avec l'animal mythique.
J'ava
is grandi et muri depuis lors, mais, sottement, j'avais gardé l'intime conviction que toute cette histoire cachait autre chose.
Ce fut
sans manger et avec ces pensées en tête que j'enfourchai mon vélo.

___J'arrivai au lycée trempée jusqu'aux os : la pluie n'avait pas tardé. J'attachai mon vélo aussi vite que je le pus avec mes doigts engourdis puis me réfugiai au sec, dans la salle qu'une surveillante m'indiqua.
Je n
e fis guère attention au discours du principal, pas plus qu'à la distribution des livres, et je suivis ma classe en repensant avec nostalgie aux jours où mon père entrait sans frapper dans notre chambre d'hôtel, les bras chargés de courriers, et s'exclamait avec un sourire narquois « c'est la rentrée ! ».
Sans réf
léchir, je m'assis à côté d'une jeune fille très maquillée aux cheveux blonds platine. Me décidant enfin à m'intégrer, je me présentai.

___- Salut ! Je m'appelle Evie, lançai-je avec un enjouement feint.
___- Mouais...

J'arquai un sourcil, surprise par son manque de réaction.

___- Waw l'accueil, marmonnai-je.

Elle ne daigna pas se tourner vers moi.

___- Et elle c'est Audrey ! lança une voix railleuse. Ne te vexe pas, elle ne t'adressera pas la parole si tu ne mets pas cinq couches de mascara par jour et que tu ne portes pas de mini jupe. C'est ce qu'elle appelle le style...
___- Ta gueule minimoy ! cracha l'intérese alors que je me tournai vers la jeune fille qui avait parlé.
___- Sauf pour t'insulter, précisa cette dernière. Elle a beaucoup de répartie, tu ne trouves pas ? On se demande elle va chercher sespliques. Liliane, se présenta-t-elle, mais appelle moi Lil' !

___Je lui souris. De petite taille, les cheveux d'un roux éclatant et ses yeux verts étincelants, elle était très jolie, bien qu'elle laissa vaguement penser à un léprechaun.

___- Moi c'est Evangeline, mais Evie pour les...
___- Tu n'allais pas dire lutin j'espère ? Parce que j'ai horreur qu'on me traite de lutin ! Cette insulte me poursuit depuis ma plus tendre enfance et c'est une réelle tare à porter.
___- J'allais dire amis ! me défendis-je. Mais dis-moi, tu parles toujours autant ?

Je rougis en me rendant compte qu'elle pouvait le prendre comme une insulte mais ce ne fut pas le cas.

___- Ah, je suis très bavarde. Toi aussi tu trouves que je suis bavarde ? Mais je n'y peux rien, j'ai toujours quelque chose à dire. Je ne supporte pas les blancs ! Non pas que je sois raciste bien sur ! Mais tu m'as comprise n'est-ce pas ? Je parlais des moments sans conversation. Non parce qu'il y en a certains qui sont capables d'aller imaginer des choses tu sais ? Remarque, ces gens sont des imbéciles puisque je suis moi-même très pâle...

___La matinée se déroula ainsi, tandis qu'on nous détaillait les emplois du temps. Liliane était intarissable et ne semblait pas se rendre compte que je ne l'écoutais plus. Je lui souriais lorsqu'elle s'interrompait et elle décida bien vite que nous étions amies.
A l'heu
re du déjeuner, elle me présenta à son groupe mais je ne parvins à saisir aucun prénom dans le flot de paroles qui les accompagnait.
E
lles mangèrent peu et parlèrent beaucoup, souvent toutes en même temps, tandis que je les observais, amusée par ce manège qui me lasserait sans doute très bientôt.
La cloch
e sonna le début de l'après midi. Nous eûmes un cours de chimie lors duquel Liliane se débrouilla pour enflammer l'une de ses mèches folles, affolant le vieux professeur qui sembla frôler l'infarctus. L'incident alimenta le monologue de la jeune fille jusqu'à la fin de la journée et je fus heureuse lorsqu'elle s'excusa de devoir partir très vite. Ses paroles incessantes, semblables à un bourdonnement, m'avaient donné la désagréable impression d'être la cible d'un moustique.
Je m'accroup
is près de mon vélo, cherchant la clef du cadenas dans mon sac.

___- Eh bien ça c'est malin, tu m'as fait perdre du temps ! lança une voix exaspérée.

Sursautant, je me rendis compte de deux choses. Tout d'abord, dans ma hâte d'être au chaud ce matin là, j'avais attaché ma bécane à celle d'un inconnu. Deuxièment, je me trouvais face à un dieu grec. Sa peau pâle semblait étinceler d'une étrange aura orangée, ses cheveux bruns pointant dans tous les sens. Son visage affichait toutefois une expression hostile, chose dont je ne me m'aperçus qu'après coup : ses lèvres étaient pincées dans un rictus amer et ses yeux d'un noir de jais me fixaient avec animosité.
___Je défis mon cadenas en chuchotant un vague « désolé » puis, relevant la tête, je vis son visage changer. Il exprimait à présent un mélange d'incrédulité, de peur et de dégout qui aurait pu être drôle s'il ne m'avait pas été adressé. Il reprit son vélo sans un mot mais je l'entendis marmonner précipitamment à un jeune homme qui brillait tout comme lui le mot « licorne ». Ce dernier se retourna brutalement et me toisa de la même manière.
C
hoquée, je partis, me perdant plusieurs fois en chemin.

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▪▪ » III « ▪▪

# Posté le jeudi 28 août 2008 07:12

Modifié le vendredi 19 septembre 2008 13:26

» I V «

▪▪ » I V « ▪▪
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___A mon retour, Papa n'était pas là. Je trouvai un mot de sa main sur la table de la cuisine. « Je suis chez Jacques. J'espère que tout s'est bien passé. Rejoins-nous ? » Il savait que cette invitation était vaine, moi aussi.
___Je montai lentement les escaliers, mes vêtements mouillés par la pluie battante alourdissaient mes pas. Le visage aux traits hostiles ne semblait pas vouloir s'effacer de mon esprit, et cette obstination involontaire à ne penser qu'à lui m'agaçait au plus haut point. Je lus un peu. Cela ne m'aida pas. Et ce fut avec une humeur de plomb que j'accueillis mon père.
No
tre repas se fit en silence, et il eut la présence d'esprit de ne pas me questionner.
« Licorne. Licorne. Licorne... » Le mot tournait en boucle dans ma tête tel un vieux vinyle rayé des Rollings Stones. L'avais-je imaginé ? Ma raison me hurlait que oui, mais pourtant le doute persistait.
Je
me tournai longtemps dans mon lit avant de trouver le sommeil.

___Mon humeur ne s'améliora pas durant les semaines qui suivirent. Toute cette histoire virait à l'obsession et je ne pouvais plus penser qu'à l'Apollon et au mystère de la licorne. Je l'avais imaginé. Oui. Non. Peut-être...
Je
le croisais parfois dans les couloirs – il ne m'adressait pas un regard. J'étais invisible.
___Le plus désespérant, sans doute, était de ne même pas connaître son prénom. Je n'osai pas le demander à Liliane, de peur que cela n'entraîne un monologue plus intense encore.
Je
me contentai donc, faute de mieux, de l'observer à la dérobée, d'une manière que j'espérais discrète. Nous partagions le même cours d'Anglais, une chance pour moi qui connaissais toutes les subtilités de la langue, l'ayant souvent parlée au cours de mes voyages. Ces derniers me manquaient à peine, tant mon obsession était forte. Je faisais donc, durant les heures destinées à cette matière, une véritable fixation sur lui. Je ne parvenais pas à détacher mon regard de son superbe visage tant qu'il était à proximité. Je connaissais, à la fin de la première semaine, les moindres détails de son profil droit.
Il ét
ait beau. Il me fallait en convenir. Pourtant, il n'avait rien d'exceptionnel, rien qui puisse plus attirer mon attention que le visage d'un autre. Mais le souvenir de son expression lors de notre rencontre suffisait à le rendre unique à mes yeux.
___Cette habitude qu'avait si vite prise mon esprit de ramener toutes mes pensées à lui en était nante. Je ne pouvais, sans vraiment en comprendre les raisons, m'empêcher de me sentir honteuse.
___Cette obsession ne s'apaisa qu'au bout de deux semaines, bien qu'elle ne s'effaçât pas du tout.
Les
premiers changements opérèrent le jour d'un évènement classique, qui animaanmoins les conversations des élèves durant une journée.

___- La voisine est pase, m'apprit un matin mon re, alors que je descendais les escaliers, habillée d'un jean et de mon gilet kaki.

___Madame Gilas, une adorable petite vieille, habitait à deux portes de chez nous. Elle avait une petite fille, Sonia, qui fréquentait le même lycée que moi. Cette dernière avait désespérément tenté de sympathiser mais la pauvre tombait vraiment dans une mauvaise période, et elle avait fini par se lasser.

___- Sonia est venue la voir et... C'est aujourd'hui la photo de classe.
___- Quoi ?!

___J'avais presque crié, effarée par le caractère puéril que cela représentait à mes yeux. Papa interpréta mal ma action.

___- C'est pour ça que je me suis dit que tu voudrais peut-être te changer, sourit-il.
___- Ca n'a rien à voir, répondis-je froidement.

___La complicité dont nous jouissions auparavant s'effilochait lentement. Je m'en rendais compte mais ne contrôlais pas toutes mes actions.

___- On se croirait en CM2, m'expliquai-je sous son regard insistant. C'est tellement... Tellement...
___- Infantilisant ?

___Je lui souris. C'était exactement ça. Nous savourâmes quelques instants ce moment de complici, puis son expression changea.

___- Tu sais, Evie, je ne veux que ton bonheur...

___Je grimaçai face à cette phrase toute faite. Cela me semblait trop simple de dire ça.

___- Si j'ai décidé de nous installer ici, ce n'est pas uniquement pour moi.
___- Je t'ai déjà dit ce que j'en pensais, fis-je remarquer sèchement.

___Il baissa les yeux, peiné.

___- Je veux dire... Nous savons tous les deux que tu n'aurais pas cherché à te faire des amis si tu avais eu la présence quotidienne de tante Sandra. J'aimerais que tu aies des amis de ton age ! Tu ne me parles pas de ton lycée. J'apprends tout par Mme Gilas... Je te laisse vivre ta vie mais il me semble que tu t'enfermes dans ta bulle. Tout ce que je souhaite c'est de te voir épanouie.
___- Je sais...
___- C'est pour ça que je t'ai amenée ici, conclut-il.

___Ces derniers mots furent en trop. Les dernières semaines m'avaient rendues à fleur de peau, et jtais trop proche de mon père pour m'inquiéter des conséquences de ma colère. Aussi, je m'emportai.

___- Mais oui, bien sur ! cinglai-je. Et le fait que nous ayons attéri dans le trou perdu de Jacques n'est du qu'à un malheureux hasard, n'est-ce pas ?!

___Papa fronça les sourcils, mécontent.

___- Alors c'est ça que tu me reproches? Tu aurais peuttre souhaité que nous nous installions dans un lieu où je n'ai aucun ami?

___Il avait raison. Encore.

___- Tu ne comprends pas chuchotai-je.

___Il voulu répliquer mais je continuai.

___- De toutes façons, je ne t'en veux plus. Mais ce sujet m'est difficile, tu comprends? Je préfèrerais que nous n'en parlions plus.

___J'eus le temps de le voir baisser les yeux avant d'enfiler mon K-way et de m'enfuir sous la pluie batante, sans prendre la peine de me changer.

___En arrivant au lycée, je ne pus que remarquer que les informations de Sonia étaient fiables. Les toilettes étaient encombrées par des jeunes filles souhaitant à tous pris se remaquiller avant la fameuse photo. Je souris en les voyant se débattre tandis qu'elles cherchaient désespérément à se faufiler dans le troupeau, se décoiffant au passage.
___J'aperçus Liliane dans la masse. Elle donna un coup de poing à une pauvre fille en tentant de me faire un signe. Cette dernière me lança un regard assassin avant de se cacher derrière un rideau de mèche blonde quand elle me vit rire. Un jeune homme me percuta alors, et je tombai à terre sur le goudron mouillé. Ce fut le léger « flop » que fit le sol à mon contact qui me fit réagir. Je levai lentement la tête pour apercevoir l'auteur du méfait. Ce dernier, un jeune homme blond digne des magasines playboys, me regardait d'un air indécis. Je souris.

___- Tu pourrais m'aider à me relever, fis-je remarquer.
___- Tu te crois drôle ?

___Je ne compris pas sa remarque. Décidemment, j'attirais les regards hostiles dans ce bled !

___- Non, juste étalée en plein milieu de la cour !

___Il me jeta un regard mis navré mis agacé avant de s'élancer à nouveaux vers le gymnase.




# Posté le mercredi 03 septembre 2008 12:27

Modifié le jeudi 06 novembre 2008 10:47